26 septembre 2026

1 - Bête du matin

Assis à ma table dans la pièce unique où je vis, mon regard fixe la bougie qui se consume.
 
Il est tard et je veille.
 
Au-dessus de ma tête, la nuit. Le vide, l'absence, le néant.
 
Le toit de ma demeure, un abri étroit dénué de confort, supporte une montagne de ténèbres.
 
Tout semble m'écraser : les murs, le silence, la solitude, la tristesse.
 
En réalité, j'ai le cœur léger, l'âme claire, des pensées sereines. Loin des hommes, seul avec les meubles, l'âtre, la pierre, les fagots, face à moi-même, j'écoute le bruit de mes gestes.
 
La chandelle devant moi vacille. Dans la cheminée, il n'y a presque plus rien à brûler. Il est temps d'aller me coucher.
 
Dehors, il n'y a personne. Seulement les arbres agités par le vent, une faune muette composée de présences incertaines et de formes indéterminées. Et dans le noir, les rêves passagers de quelques bêtes endormies.
 
Dans mon lit, le froid m'attend.
 
Au lieu d'une femme belle, douce et charnelle qui se languirait de moi, un spectre sans visage me tend les bras. Je le rejoins, confiant, tout en m'enveloppant d'obscurité, déjà trop fatigué pour résister aux fumées de Morphée. Les draps sont lourds, rêches et humides. Ils ressemblent à un linceul. Je m'enfonce dans le brouillard de la léthargie. Le feu dans mon foyer vient de s'éteindre.
 
Je me réchaufferai à d'autres flammes.
 
Je repense à ma journée. Guère longtemps : je sens cette brume insidieuse qui m'étreint. Elle me trouble, me fige et puis m'emporte. Je sombre sur place. Et fais un voyage vers un grand ailleurs. À deux pas de mon corps pétrifié. Je reste étendu là comme un mort à traverser l'éternité de mon sommeil. Je dors dans cette maison isolée jusqu'à ce que l'aube me tire de ma tombe éphémère.
 
Le jour se lève, tout s'éclaire. J'ouvre les yeux sur un nouveau bonheur à gagner.
 
En posant le pied par terre, la lumière entre en moi. Le Soleil ne voit pas un simple humain qui s'éveille.

Mais un loup qui sort de l'ombre.

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