Quand vient le soir, certains croient que je me morfonds au fond de mon
antre.
Et peut-être même que j'y péris à petit feu.
La taupe disparaît-elle dans son gouffre pour s'y éteindre ?
S'enterre-t-elle pour cesser de respirer ? Quelle idée absurde !
Au contraire, une fois le Soleil couché, je plonge dans les marécages
lumineux du repos.
J'assiste au théâtre de la nuit, avec ses grands voiles sombres et ses
astres minuscules. Assis au bord de ma cheminée, entouré des ténèbres, je fais
naître des étincelles.
En agitant le foyer de mon tison, je ressemble à un roi qui de son sceptre
commanderait aux étoiles de s'allumer.
Ma chandelle posée sur la table maintient le drap nocturne autour de moi et
repousse les spectres dans les coins obscurs de la pièce. Je me retrouve au
centre du monde, seul dans ce dôme de lumière, penché vers l'âtre.
Les murs de ma demeure sont noirs, je ne vois plus que la braise. Les
heures coulent, ma bougie fond, l'ombre devient palpable.
Je suis loin.
Je voyage entre le sol de terre battue et les poutres de ma maison. Je
monte et vogue avec le filet de suie émanant de la cire qui se consume.
Et rejoins, le temps d'une fulgurance, le sommet de cet espace contenu dans
le périmètre de mon logis.
Et tandis que l'humble flambeau continue de brûler, je pense aux hommes de
ce siècle, aux fleurs, aux femmes, aux chardons, à de menus riens, à des
bagatelles, à mon pain quotidien, à mes fagots, à la mort.
Et j'attends, avant d'aller dormir, que meure cette mince flamme qui me
tient en éveil.
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